[ENTREVUE] Taylor Kirk – Timber Timbre

Timber Timbre - Photo : Jacques Boivin

Texte : Meggie Lennon, collaboration spéciale
Photo : Jacques Boivin

Timber Timbre est un groupe de folk-rock canadien, formé en 2005, dont le membre fondateur est le chanteur auteur-compositeur Taylor Kirk. Son nom de scène fait référence à une série d’enregistrements qui se déroulèrent dans une cabane de bûcherons. Taylor perçut alors le son de cet endroit comme très boisé, d’où le nom que l’on peut traduire librement par « timbre boisé »

En passant par un son blues low-fi et intime à des arrangements sophistiqués et plus récemment avec un ajout de synthétiseurs, le groupe s’est rapidement transformé en un réel groupe à trois membres, avec Kirk qui est maintenant rejoint de Mathieu Charbonneau et Simon Trottier.

J’ai eu la chance de m’entretenir avec Taylor Kirk, quelques minutes avec sa prestation magistrale sur le quai dans le cadre du Festif de Baie St-Paul. L’entrevue s’est déroulée en anglais, sous le soleil, en partageant une Sour French Kiss. Bref, c’était parfait!

M.L. Sincerely, Future Pollution est sorti en avril dernier. Tu as dit en entrevue qu’il s’agissait que l’album le plus collaboratif que tu aies fait jusqu’à maintenant. Y a-t-il des avantages à travailler avec tous ces musiciens extraordinaires? Tu me parais être un loup solitaire. Qu’est-ce que tu préfères?

T.K. Est-ce un compliment? Je le prends comme si c’en était un. Oui, j’aime beaucoup être seul. Je suis une personne solitaire mais l’avantage principal de travailler avec des gens est que c’est plus plaisant. Une sorte de camaraderie se développe et ils amènent des choses auxquelles je n’aurais jamais pensé.  Nous pouvons atteindre un niveau de sens musical que je ne possède pas moi-même. L’enregistrement sonne tellement mieux selon moi. Le jeu est plus intéressant. Je ne suis pas certain que d’écouter un musicien qui a tout fait par lui-même est aussi intéressant. Là encore, oui, ça peut l’être mais l’appréciation est différente.

M.L. Je crois que tu es très chanceux d’être entouré de musiciens fantastiques. Mathieu Charbonneau et Simon Trottier sont des musiciens extrêmement talentueux et créatifs. Vas-tu continuer à travailler dans cette direction maintenant que le groupe est solide?

T.K. Oui, je suis chanceux. Je ne sais pas, j’ai l’impression que c’est une bonne direction. Enregistrer un album est très compliqué et dispendieux. L’économie de la chose ne fait pas beaucoup de sens donc il est difficile de prévoir ce qui va se passer dans le futur. Nous avons dépensé beaucoup d’argent pour le dernier album et je ne suis pas certain si c’est la bonne chose à faire. Ce fût un moment extraordinaire et fantastique mais le retour monétaire n’est pas équivalent à l’effort.

Timber Timbre – Photo : Jacques Boivin

M.L. Effectivement, l’économie de l’industrie musicale est étrange et un peu frustrant n’est-ce pas? Beaucoup de dépenses pour peu de retour.

T.K. Oui, cela n’a pas de bon sens. C’est une façon de faire. C’est n’est même plus tangible, du moins, pour les groupes comme nous donc, oui, je dois reconsidérer la direction à prendre pour le prochain album.

M.L. Vous partez prochainement en Europe où vous tourner souvent. Dirais-tu que vous êtes plus populaire là-bas ou ici?

T.K. Là-bas, absolument. Je ne sais pas pourquoi.

M.L. C’est dommage. Selon moi, tu es un trésor national dans ce pays.

T.K. Awww, tu devrais leur dire!

M.L. Je vais certainement le faire! Donc, préfères-tu être en tournée ou en studio?

T.K. J’aime beaucoup créer. Je détestais être en tournée, vraiment. C’était un mal nécessaire. Je n’aimais pas le niveau d’exposition. Je n’aimais pas donner des spectacles ni le niveau d’attention.

M.L. Par manque de confiance en soi?

T.K. Je suis définitivement quelqu’un de très introverti…

M.L. La scène musicale canadienne est en explosion. Y a-t-il des groupes canadiens que tu apprécies en ce moment. As-tu déjà ouvert pour un groupe ou y en a-t-il un qui a ouvert pour toi où tu t’es dit qu’il s’agissait d’une combinaison était parfaite?

Timber Timbre – Photo : Jacques Boivin

T.K. Hum, je ne sais pas mais je viens de découvrir un groupe qui s’appelle Organ Mood. C’est un gars qui joue avec Chocolat et il est vraiment intéressant. C’est ma plus récente découverte. Sinon, on a joué avec un autre groupe l’autre soir qui s’appelle Hooded Fang. C’était pendant un festival et nous les connaissons depuis longtemps de manière périphérique et c’était super. Il y a tellement de groupes. La scène est même un peu saturée en ce moment. Parfois, lorsque nous n’avons pas à supporter un autre groupe, nous invitons des gens dont nous apprécions la musique et qui amèneraient un bon feeling à la soirée. Il y a ce gars, Marcus Hamblett avec qui on a joué pendant un mois en Europe. Il est incroyable. Il a joué avec plein de monde. Il y a  aussi Chris Cundy, un autre britannique qui joue du saxophone avec nous et joue aussi de la clarinette basse.

M.L. Ah non, maintenant, je me demande si tu détestes autant les entrevues que les prestations.

T.K. Je déteste beaucoup plus faire des entrevues, beaucoup plus (rires)

M.L. Merde, je suis vraiment désolée (rires nerveux). Tu étais le seul artiste du Festif que je voulais interviewer. Je vais accélérer alors!

T.K. Oh non, pauvre toi, je donne vraiment les pires entrevues. Je suis vraiment désolé pour toi.

M.L. Je ne crois pas que ce soit si mal. (En regardant le fleuve et en buvant de la bière)

T.K. Mais oui, on a aussi tourné avec Feist il y a de cela 11 ou 12 ans. C’était agréable et nous avons aussi joué avec Yonsi en Europe. Nous étions en Belgique. Ils sont super drôles.

M.L. Génial. Une dernière question alors. Je vous ai vu 4 ou 5 fois en spectacle. En automne dernier, tu jouais au Cercle à Québec et tu as dû intervenir auprès de la foule en leur demandant de se la fermer puisque plusieurs parlaient beaucoup et vous vouliez jouer Hot Dreams qui est très molo. Penses-tu qu’il était plus facile de jouer en 2005 où les foules étaient plus petites mais super attentives ou en 2017 où les foules sont plus grandes et souffrent souvent de déficit d’attention.

T.K. Oui, je ne comprends pas, c’est si impoli. Je crois qu’il s’agisse d’une coïncidence que les dernières fois où nous avons joué à Québec, la foule était « particulière » et que cela gâchait le moment. Je choisis mes mots! Nous commençons à avoir une drôle d’impression de la place.

M.L. Ah non, n’arrêtez surtout pas de venir à Québec.

T.K. Nous avons joué au Petit Champlain et c’était bien. C’était un bon petit show.

M.L. Avec un public plus averti et âgé.

T.K. Oui, mais Le Cercle a un petit côté douche. Du coup, les gens là-bas sont super gentils. Nous n’allons pas cesser d’y aller. Mais aujourd’hui en tout cas, la foule était vraiment mais vraiment agréable. (Celle du Festif)

M.L. Tu semblais vraiment t’amuser.

T.K. Nous avons passé un très bon moment. C’était plaisant. Je me souviens quand nous avons commencé à faire de la musique, il y avait un mouvement dont nous faisions partie. Les gens avaient un degré d’attention spécial pour ce genre de musique. Ils étaient curieux à propos de cette douce musique folk dont le tempérament et l’instrumentation étaient uniques. Les gens étaient patients.

M.L. Je comprends tout à fait. Les temps changent. Finissons tout cela avec une question plus ludique.  Ta musique possède un certain côté cinématographique. Désires-tu que qu’elle joue davantage au cinéma? Je prévois appeler David Lynch afin que vous soyez inclus dans le prochain épisode de Twin Peaks.

T.K. En fait, nous avons déjà contribué de la musique pour certaines productions télévisuelles mais c’est vraiment compliqué. C’était quelque chose que je me voyais faire à long terme, avant que je ne commence à écrire des chansons mais c’était tellement difficile. C’est beaucoup plus compliqué. Il y a quelques directeurs avec qui je me vois travailler. La seule raison pourquoi tu demandes à quelqu’un de composer une trame sonore est que tu recherches quelque chose de différent, quelque chose de plus grand que l’idée d’une trame en tant que tel. Mais c’est quelque chose que nous ne savons pas faire, c’est vrai. Mais Jim Jarmush je crois. S’il demande à un groupe de créer une trame sonore, c’est très collaboratif. Et il y a toujours une raison derrière son choix. Il comprend que s’il choisit le groupe, le résultat qu’il recevra ne sera pas traditionnel. Je ne peux pas croire que David Lynch ne nous ait pas appelés. (rires) Il a vraiment tout gâché.

M.L. En tout cas, merci beaucoup pour cette entrevue. Profite bien des paysages de Baie St-Paul et à bientôt. J’espère que l’entrevue n’était pas trop pénible.

T.K. Non, c’était parfait! Merci!

 

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