[FESTIVAL] 34e Festival de la chanson de Tadoussac, jour 3 (1er juillet 2017)

On atteignait samedi dernier le cœur de la 34e édition de festival de la chanson de Tadoussac. Au menu, plusieurs spectacles aussi alléchants les uns que les autres. En attendant d’être dotés du don d’ubiquité, nous avons sillonné sans relâche les rues de Tadoussac en quête de découvertes musicales et d’émotions fortes. On a parfois pu régaler pleinement notre appétit, et parfois on devait écourter le plaisir pour voler vers la prochaine destination. Compte-rendu d’un buffet de bouchées musicales qui a su égayer cette journée pluvieuse. 

Joseph Edgar – Chapiteau Desjardins

Par Ludvig Germain Auclair

Joseph Edgar – Photo : Ludvig Germain Auclair
Bien connu de par le succès radiophonique qu’est Espionne russe, le natif de l’Acadie Joseph Edgar nous a servi une prestation digne de ce nom samedi soir au chapiteau Desjardins. Un spectacle acoustique qui constituait d’ailleurs une première pour lui, qui d’habitude se présente avec un attirail instrumental « rock électrique ». Cela n’a en rien altéré sa prestation, qui se voulait charismatique et qui dégageait une force sonore digne de ce nom.

Outre son titre Espionne russe, Joseph Edgar nous a choyés avec d’autres chansons de son répertoire moins connues mais qui se voulaient tout aussi puissantes, que ce soit par son accent acadien bien assumé ou ses jeux de guitares énergiques, merveilleusement soutenus par l’accordéoniste (Geneviève Toupin)  et le contrebassiste (Alex Pépin). Le public a été vite ravi par le talent et la présence scénique du trio acoustique, qui a livré une performance peut-être un peu courte, mais certes appréciable. Un spectacle qui méritait d’être vécu et qui donne envie de répéter l’expérience « Joseph Edgar ».

Sages comme des Sauvages – Café du Fjord

La prestation de Sages comme des Sauvages – un duo coloré et exotique venu tout droit d’Europe – a mis dans le cœur du public le soleil qu’il n’y avait pas dans le ciel. Ce dernier, qui remplissait à rebord le Café du Fjord, s’est montré enthousiaste et très participatif face aux deux oiseaux colorés. Derrière les musiciens, une panoplie de petits instruments à cordes (violon, mandoline, ukulélé, guitare) que manipulait savamment Ismaël Colombani. Ava Carrière, pour sa part, s’occupait d’assurer le rythme à coup de pied ou de tambourin. Le duo chantait aussi à parts égales, en harmonie, ensemble ou en contrepoint, ce qui donnait un résultat très complet pour si peu d’individus.

Leur musique métissée s’inspire de sonorités pigées un peu partout dans le monde : en les écoutant, on a l’impression que la chanson française perce à travers des myriades de couleurs indiennes, orientales, gitanes, latines, mais surtout créoles. Tout pour nous apprendre à nous faire danser sur nos chaises, comme l’a dit la chanteuse à la blague. Sages comme des Sauvages ont d’ailleurs rendu justice à cet univers éclaté avec leur performance assumée et leur agréable présence sur scène.

Urbain Desbois – Chapiteau Desjardins

Urbain Desbois – Photo : Ludvig Germain Auclair
On a attrapé quelques pièces d’Urbain Desbois entre deux spectacles. Véritable personnage, il était agréable à écouter autant dans ses pièces que lorsqu’il interagissait avec le public. On a eu droit à diverses anecdotes et petites histoires ludiques – où peut-il bien aller chercher ça ? On pouvait aussi se poser la question quant à ses thèmes, qui rassemblés lui font un univers éclaté qui parle autant des sortes de pain que des hommes qui soulèvent 40 000 tonnes.

Ses chansons blues rock s’avéraient être musicalement solides grâce au talent de ses musiciens : Philippe Dussault (guitare), Michel Dufour (batterie) et Annick Beauvais (basse). Les paroles sont aussi teintées de son humour intelligent, ce qu’on pouvait notamment constater sur Survicissitudes. Cela semble avoir fait plaisir aux spectateurs rassemblés sous le Chapiteau Desjardins, qui n’ont pas manqué d’exiger un rappel.

Matt Holubowski – Scène Québecor

Matt Holubowski – Photo : Ludvig Germain Auclair
Décidément, cette 34e édition du Festival aura été l’année des salles combles. Les bancs de l’Église étaient en effet bien remplis pour accueillir Matt Holubowski. Parfois en solo, souvent accompagné de ses quatre musiciens (guitare, batterie, violoncelle, contrebasse), l’artiste a présenté des pièces tirées de ses deux albums : Ogen, old Man (2014) et Solitudes (2016).

Matt Holubowski a tôt fait de nous absorber dans son monde teinté de rêve et de mélancolie. Tel qu’il l’a recommandé dans l’une de ses chaleureuses interventions, on a pu tout simplement rentrer dans notre bulle et nous laisser porter par son indie-folk-pop. Timides, quelques sonorités blues délavé ressortaient parfois dans une touche d’harmonica ou dans les effets de la guitare. L’ensemble était bien équilibré et bien exécuté.

Pour couronner le tout, la voix soul et indie de Matt Holubowski montrait tour à tour sa douceur et son amplitude. On l’a senti sortir parfois des sentiers battus, notamment dans ses quelques titres en français ou encore sur Wild Drums, et on aurait voulu sentir plus de pareils dérapages.

Soucy – Gibard [OFF]

Soucy – Photo : Ludvig Germain Auclair
Avant d’aller aux Hôtesses d’Hilaire, on a fait un détour par le Gibard pour écouter Soucy, une formation qui a beaucoup fait parler les festivaliers depuis sa première prestation dans le cadre du OFF du festival. Encore une fois, on n’était pas surpris de trouver le petit bar du bord de mer bondé de monde.

Les musiciens s’exécutaient malgré le bruit et ont livré une performance aussi travaillée que déjantée. Soucy, c’est d’abord un chanteur-diva au charisme sombre et déstabilisant. C’est ensuite ses trois acolytes tout aussi comédiens : deux choristes/danseurs et un claviériste, qui fait aussi office de tête de Turc lors des interventions foisonnantes du chanteur. Ensemble, avec leurs costumes, ils avaient vraiment des gueules de super vilains, ceux qu’on finit par apprécier plus que les héros !

La musique, quant à elle, semblait sortir tout droit d’une comédie musicale de style cabaret à la chicago. Paraît qu’ils ont aussi un set beaucoup plus dansant, mais on a dû s’esquiver avant la fin ! De quoi faire passer le fiel de leurs thèmes dérangeants avec un peu de miel-pop.

Les Hôtesses d’Hilaire – Site Belle Gueule

Les Hôtesses d’Hilaire – Photo : Ludvig Germain Auclair
Vers minuit, nombreux sont les festivaliers qui ont convergé vers le Site Belle Gueule pour voir et entendre Les Hôtesses d’Hilaire (quoi de mieux pour fêter le Canada tous ensemble!?). Et malgré leur passage à Petite-Vallée la veille (sans compter le voyagement), les musiciens ont donné tout un spectacle. Avec les interventions et la robe de Serge Brideau, les chansons rock-prog comico-engagées néo-brunswickoises, les solos et parties instrumentales généreuses, le groupe a su tenir le public en haleine jusqu’à la toute fin.

L’effet a été presque immédiat. Dès la deuxième ou la troisième pièce on a sauté, on a dansé, on s’est poussés, on est tombés, on s’est fait relever, on s’est débattu joyeusement dans les mêlées au son des nombreux hits du groupe : MDMA, Super Chiac Baby, Machine à bière, Fais Faillite (pour laquelle les Deuxluxes sont remontés sur scène), Regarde-moi, et j’en passe.

Le groupe a aussi présenté une nouvelle pièce, qui figurera sur son prochain album. Tout aussi juteuse, tout aussi énergique (mais aussi country), Acadie fut une belle découverte. L’apothéose a eu lieu sur Hilaire à boire, qui s’est étirée encore et encore dans la partie instrumentale.

Les spectateurs en ont redemandé pour un ultime rappel. On a senti que le public était prêt à en prendre d’avantage, et que les Hôtesses auraient encore pu en donner, mais toute bonne chose ayant une fin il fallait laisser la place aux autres artistes. On gardera de cette soirée d’heureux souvenirs d’ivresse, et aussi une couple de vers d’oreille.

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