[ENTREVUE] Klô Pelgag

Klô Pelgag - Photo : Étienne Dufresne

Le vendredi 31 mars dernier, j’ai eu le privilège d’avoir en entrevue l’auteure-compositrice-interprète Klô Pelgag. Lors de cet entretien téléphonique, prélude à son spectacle qui aura lieu le 12 avril prochain à Trois-Rivières, il a été surtout question de son album L’Étoile thoracique et de sa plus récente tournée. Discussion avec une artiste, porte-parole de Secondaire en spectacle 2016-2017, qui n’obéit qu’à sa soif artistique.

David Ferron: La première question, c’est assez basic. C’est quoi L’Étoile thoracique ?

Klô Pelgag: C’est le titre de mon deuxième album qui est sorti en novembre passé. Et voilà !

DF: En fait, on dirait que j’essaie encore de faire le lien entre le titre et le reste de l’album. Peut-être que j’y réfléchis trop.

KP: Pour moi, L’Étoile thoracique c’est quelque chose que je trouvais [extrêmement] beau. Ça représente le cœur en fait. Le cœur c’est la base de toutes les « tounes ». Dans ce sens-là, il y a un lien très direct avec les chansons pour moi. Voilà !

DF: Dans Les ferrofluides-fleurs, il y un passage qui dit : « J’ai bu tout le sucre de l’érablière. À présent, mes pensées sont plus claires. » J’ai l’impression que la nature réglerait quelque chose, si on se fie au reste de l’album, que les relations humaines malsaines ou compliquées ne peuvent régler. 

KP: Ben oui, je pense que c’est clair. En fait, la nature c’est la chose la plus simple et complexe à la fois. Puis, nous en tant qu’humains, on est influencés par tout ce qui est relié à notre environnement mais qui n’est pas nécessairement relié à la nature. Surtout quand on habite en ville. On est constamment submergés de plein d’informations. On arrive à oublier en fait c’est quoi le silence, c’est quoi réfléchir par soi-même. Puis quand on se retrouve dans la nature ensuite. La nature, c’est quelque chose de très violent, tout en étant stable dans le mouvement et au niveau visuel par exemple […] C’est pour moi une source d’inspiration qui est quand même inépuisable, puis qui devrait l’être je pense, qui l’est probablement pour tout le monde […] Il y a plein de références à la nature dans l’album. Parce que c’est quelque chose de très fort, d’insaisissable.

DF: Parlant de la folie urbaine, il y a, dans la chanson Au musée Grévin, une impression de quelque chose de défouloir, avec les poupées de cire qui fondent par le feu. Est-ce qu’il y a, dans l’album justement, des chansons qui vous ont permis de vous défouler ?

KP: Parfois j’ai envie de faire des « tounes » qui musicalement sont dégueulasses. J’ai envie de faire du noise [branche du heavy metal] des fois. De virer complètement dégeulasse pour me défouler physiquement, intellectuellement; peu importe ce que je fais. [Au musée Grévin], c’est une « toune » qui exprime un sentiment de désillusion et un regard sur tout ce qu’est devenu la société, à quel point on vit en surface. C’est rare en fait que tu vas avoir une discussion qui n’est pas influencée par l’extérieur avec quelqu’un qui a un vrai avis.

DF: Dans le deuxième album, j’ai trouvé que l’orchestration était plus importante que sur le premier. Est-ce qu’avec votre frère, qui s’occupe de cet aspect dans vos albums, vous étiez en accord avec l’évolution de cette orchestration ?

KP: En fait, moi je travaille avec lui et les gens avec qui je veux travailler. Parce qu’ils vont être capables de traduire ce que moi je veux faire. En fait, je trouve que le premier album [L’Alchimie des montres] était plus chargé. Le deuxième album, c’est l’orchestre à cordes. Il y a beaucoup de choses aussi, mais c’est plus de masques qui ont des voix. C’est plus patient que dans l’autre, dans le sens que la musique est plus évoluée : je laisse plus le temps de poser des trucs. Dans [L’Alchimie des montres], j’avais 20 ans, j’étais ben énervée. Je capotais. J’avais juste envie de tout faire en même temps. De crier. La moitié des arrangements c’est moi aussi qui les ai fait. Mon frère est super important dans les deux albums parce que, oui effectivement, il a ce langage plus classique. C’est aussi une personne hyper brillante qui a une sensibilité et une écoute. D’être en accord avec la « toune ». Ça, c’est quand même précieux.

DF: Vous avez plusieurs influences, de Klaus Nomi [chanteur d’opéra allemand qui, sur scène, affichait un maquillage ostentatoire] à Richard Desjardins. De plus, sans doute qu’au fil des années votre doit s’enrichir. Comment fait-on pour qu’au niveau de la créativité, ça ne devienne pas le « bordel » ? Est-ce que le tout s’intègre facilement ?

KP: À partir du moment où tu es intègre et sincère, je pense que tu peux faire des choses merveilleuses, quand tu n’es pas trop influencé par l’extérieur. Je ne suis pas les règlements qu’on s’impose. C’est difficile pour tout le monde de démêler le vrai du faux. Le mot authentique a tellement été dénaturé avec le temps et utilisé à mauvais escient. Finalement, on ne sait même plus ce que ça veut dire. On l’attribue à des trucs qui n’ont pas rapport. Faut juste penser par [soi-même] et tout va bien aller.

DF: Quand on est en tournée, est-ce possible d’être créative, de pouvoir penser à de nouvelles chansons, à de nouveaux arrangements ?

KP: Ça dépend de quel genre de tournée tu fais. Avec le premier album, on a beaucoup tourné en Europe aussi. Je n’avais jamais de moment calme. En même temps, comme inconsciemment, tu emmagasines plein de trucs quand tu voyages. Je pense que quand ton âme éponge, il y a moyen d’être créatif partout et juste d’accumuler plein d’idées.

DF: En février, vous avez fait une tournée en France avec plusieurs dates en quelques jours. Dans l’annonce de la tournée, il y a une annonce de 35 musiciens qui vous accompagne…

KP: En fait [rires] il y a un petit astérisque à côté du 10 juin au FrancoFolies. En bas, le petit astérisque explique l’« Orchestre du Temple thoracique » qu’on fait le 10 juin au Théâtre Maisonneuve. C’est juste à Montréal.

La réalité de la musique au Québec et à plein d’endroits dans le monde, c’est que c’est pas mal impossible de tourner avec 35 musiciens. Nous, on tourne avec six musiciens puis on est souvent huit sur la route avec les techniciens et c’est déjà énorme ! [Le 10 juin prochain] ça va être un show spécial qui a été commandé par les Francos. On va faire l’album intégral [L’Étoile thoracique] avec les arrangements de l’orchestre. Je pense que ça va être le fun !

DF: Je vous ai vue live il y a quelques années. En fait, il semble avoir un univers pas mal différent sur disque. Sur scène, il y a des blagues, de la bonne humeur. Avec la deuxième tournée, est-ce que c’est encore possible de garder le côté le fun sur scène même s’il y a davantage de chansons qui évoquent un univers plus sombre ?

KP: C’est important d’avoir du fun […] Il y a beaucoup d’impro aussi. Une partie que le public apprécie c’est qu’un truc n’est pas pareil, pas identique, qu’il y ait toujours un nouveau spectacle à chaque soir. Il n’y pas de blague qui se répète. Je ne peux pas me changer vraiment non plus. Je ne peux pas changer de personnalité entre chaque album.

DF: Autant vous avez une démarche réfléchie sur l’album, et sur scène, hop, on s’amuse ! Donc, vous avez une personnalité multi-facettes

KP: Tout le monde est complexe…

DF: … Mais c’est le fun !

KP: Ben oui, c’est le fun ! C’est sûr que sur un album, tu travailles là-dessus pendant un an. [Sur disque], il y a quelque chose qui doit marquer que c’est la fin, que la « toune » va être sur l’album. Mais live, on peut emmener plein de variations, on peut s’éclater d’une autre façon et emmener l’impro là-dedans.

DF: Entre les deux tournées, quelles sont les différences ? Par exemple, êtes-vous plus à l’aise, moins nerveuse ? Le fait que vous soyez six sur scène et huit en tournée, par exemple, doit faire en sorte qu’on aborde la scène de manière différente.

KP: Depuis le début on est sept sur la route. Là on est sept aussi. Parfois, il y un éclairagiste.

DF: L’expérience de la route et de la scène aussi doit entrer en ligne de compte.

KP: La première tournée, on a tellement fait de route qu’à un moment donné, j’ai décidé de faire moins de shows… Les gens ne se rendent pas compte mais c’est vraiment intense. Parce que t’es tout le temps sur la route. C’est épuisant et intense. C’est le fun aussi. Mais ce qui a changé, c’est qu’on fait quand même un peu moins de shows. On fait parfois de plus grandes salles. On fait des choix. Puis, on a toujours envie de jouer le soir venu. Il ne faut jamais que ça devienne un travail. Jamais, jamais que ça devienne un travail ! De sentir que je vais comme à la job. Je veux avoir du fun dans la vie. C’est précieux pis faut juste garder cette envie de faire ce qu’on fait.

DF: Je vous remercie beaucoup de nous avoir accordé une entrevue

KP: Un grand merci à toi. Au plaisir !

DF: Bonne tournée et continuez de nous proposer votre univers !

Klô Pelgag sera à Trois-Rivières le mercredi 12 avril prochain, à la Salle Anaïs-Allard-Rousseau.

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