Vendredi le 24 février dernier avait lieu, à la Shop du Trou du diable – Salon Wabasso – à Shawinigan, un programme triple. Une soirée dans laquelle sons industriels, EDM (electronic dance music), new wave, punk et alternatif ont embrassé la salle d’une atmosphère théâtrale, vaporeuse et étouffante. Donc, on oublie les termes « feutré » ou « chatoyant »…

Technical Kidman  

Technical Kidman – Photo : Adrien Le Toux.

La tâche d’inaugurer ce triple programme revenait à ce trio montréalais. Je dois vous avouer quelque chose, son disque Something Stranger Coming on the Horizon a été une vraie claque dans ma face (merci Poulet Neige pour ce moment délicieux de masochisme!). Inutile de dire que j’étais fortement curieux de découvrir la formation sur scène…

Le groupe, formé de Mathieu Arsenault (voix et arrangements), Pierre-Luc Simon (batterie) et Thomas B. Champagne (claviers et arrangements) ont livré des chansons inédites. Même si Technical Kidman n’a pas la même notoriété que Duchess Says, les spectateurs se montraient attentifs et évitaient de parler comme s’ils étaient dans un café-bistro.

Le groupe s’est montré fidèle à son univers avec les nouvelles compositions. Un univers marqué par des échantillonnages, des voix ralenties et robotiques, des percussions puissantes et des notes électroniques lancinantes. Même le merci d’Arsenault, lancé après la pièce Mercedes, était travaillé pour produire de l’écho. Élément toutefois surprenant, mais qui a été bien intégré : une guitare électrique pour Construction. Une pièce aux effluves trip-hop malgré l’instrument à cordes.

Une belle surprise! Déroutant certes, mais il ne faut pas s’attendre à ce que le trio offre une « doudoune » musicale.

Violence

Violence – Photo : Adrien Le Toux.

Ce groupe, qui succède Technical Kidman, est formé d’Éric Trottier et de Julie Morand-Ferron. Les deux artistes, originaires de la ville hôte, mais ayant déménagé à Montréal, puis à Oxford en Angleterre pour s’installer finalement à Ottawa, ont fait succéder avec leurs synthétiseurs et programmateurs des pièces s’enfilant comme la liste musicale d’un disc-jockey.

Le duo a propulsé des sons évoquant Nine Inch Nails pour ensuite nous emmener vers un territoire sonore à la Human League. Une proposition mélodique provoquant une dissonance cognitive avec le décor boisé de la Wabasso. Une fois habitué par ce clash audio-visuel, il suffisait d’accepter l’impression de participer à une fête musicale se déroulant dans un grand chalet en pleine forêt.

Je ne sais pas si c’est volontaire de la part du duo, mais il était très difficile d’entendre les paroles. On avait l’impression de capter une voix sortant d’une paire d’écouteurs à moitié branchée. Pourtant, l’écriture concise et très imagée de ce dernier aurait mérité d’être clairement entendue. Sinon, cette portion du spectacle a été une belle révélation.

Duchess Says

Faire place à ce groupe, c’est s’attendre à… Non, on ne s’attend à rien en fait!

Une foule prête à tout, surtout la partie qui s’est massée devant la scène, prête à accueillir le pivot de la soirée. Que ce soit le trucker barbu ou encore l’admiratrice en mode gothique, A-Claude (voix, clavier Korg), Ismaël (clavier, guitare), Phil Clem (guitare, basse) et Simon Says (batterie) étaient déterminés à leur brasser non seulement la cage, mais tout ce qui allait autour aussi.

Autant la première pièce Poubelle était chargée dans les arrangements, autant Inertia, P.I était davantage mélodieux, comme sur l’album Sciences Nouvelles, leur plus récente galette. Musicalement, il n’y a pas de réarrangements ou réorchestration spéciale. Si on aime les versions studios, on risque de se remémorer des versions scéniques. Bien sûr, ça suppose la fameuse énergie du direct, mais aussi parce que les musiciens ne badinent pas avec la scène. Ils la bouffent carrément. Même qu’au lieu d’être rassasiée, A-Claude décide de dévorer le quatrième mur à partir de la pièce Negative Thoughts. Et ce n’est ici qu’une des nombreuses manifestations du règne de celle qui est devenue l’Impératrice de la Wabasso le temps d’une soirée.

En chantant New York, la musicienne se permet même d’enrouler le public avec du gros ruban adhésif gris (duct tape) ou encore de le faire asseoir par terre. Elle se pare même d’une espèce de toge blanche, confirmant symboliquement son statut de papesse du rock québécois.

Par ses mimiques, ses yeux grands ouverts, le recours de la voix rauque jusqu’au timbre haut perché, il faut dire que l’esprit de la chanteuse allemande Nina Hagen s’est emparé d’A-Claude. Toutefois, la dernière fait passer la première pour une maniaque de tranquillisants! C’est dire…

De leur côté, ses collègues musiciens démontrent beaucoup de plaisir sur scène. Même si le groupe existe depuis 2003, la chimie semble toujours opérer entre ses membres.

Dire que la soirée a été mémorable, c’est vraiment cliché. C’est juste complètement autre chose. Le genre de chose dont nous ne sommes pas sûr du niveau d’appréciation au début, mais qui se relève fantastique lorsque nous laissons nos appréhensions et attentes dans le vestiaire.

P.S. : UN GRAND MERCI À PHIL CLEM POUR LA LISTE MUSICALE. Il faut dire qu’il a même accepté de verser de la bière dessus pour me laisser un souvenir de la soirée! Cette liste est disponible dans la galerie photo ci-bas.

Voici les photos de Adrien Le Toux.

 

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