[ALBUM] Peter Henry Phillips – « The Origin »

Vous connaissez sûrement Pierre-Philippe Côté, alias Pilou. On l’a vu à de nombreuses reprises à l’émission Belle et Bum, il a chanté sur deux disques de Champion et il a travaillé sur de nombreux projets qui n’étaient pas les siens, dont la bande originale d’un film de Denys Arcand. Cette fois, c’est avec son propre projet – dans la langue de Shakespeare – que Côté débarque sous le pseudonyme Peter Henry Philips, un projet qu’il fignole déjà depuis cinq bonnes années. On avait déjà été séduits par Secret, qui faisait partie de la trame sonore du film Le règne de la beauté (Arcand) et d’un EP lancé en mai 2014. De plus, ce que Phillips avait proposé en première partie de Jay-Jay Johanson au Petit-Champlain avait beaucoup de potentiel.

En septembre dernier, Phillips nous présentait The Origin, son premier album complet. Une belle brochette de 12 chansons qui nous font voyager très loin qui va du folk au rock tout en demeurant à la fois riche et facile d’approche. Cependant, il ne faut pas s’attendre à demeurer dans la même ambiance tout au long de l’album. Les très atmosphériques The Wind (qui va faire fondre votre coeur dès le départ) et Dreamcatcher (plus qu’un brin bluesée, sortie tout droit d’un jam à deux avec le batteur Benji Vigneault, qui commence avec la pluie qui tombe et qui se termine dans belle intensité) précèdent des chansons plus pop comme I Wanna Go. Vraiment pop. La mélodie est accrocheuse à souhait, avec un petit côté country-folk. On se une autre chanson un brin mélancolique, on se surprend à se concentrer sur la voix de Phillips, une arme redoutable, aérienne, tant en douceur qu’avec juste assez de grain pour avoir du mordant dans les moments les plus intenses. Henry nous ramène à la musique, magnifiquement éthérée, à cette mélodie toujours efficace. Phillips sait écrire des chansons et avec ses complices (Vigneault, Langevin – oui, ce Langevin-là, , il se bâtit tout autant de belles petites maisons, chacune avec sa personnalité. À Be The Light, on s’envole pour atterrir dans un théâtre de Détroit où Pilou chante The Night avec plein de soul dans le coeur. Tempest est leeeente et les guitares donnent incroyablement soif. Puis arrive Almost Died, qui commence par un orgie de cordes donnant l’impression qu’on va encore voler haut, mais bang, voilà la guitare et la batterie, on y va en mode rock, le temps d’un dernier sursaut avant la magnifique Young Warrior, qui nous donne envie de danser collé.

Peter Henry Philipps - Photo : Jacques Boivin
Peter Henry Philipps – Photo : Jacques Boivin

Phillips a coréalisé l’album. Ça paraît quand même un brin dans le rythme. On passe d’un genre à l’autre pour revenir à un confort plus intimiste tout de suite après. À la première écoute, je dois avouer que ça m’a un peu titillé. On sent qu’il veut montrer sa grande (et réelle) polyvalence et ne pas se limiter à faire une autre version de Patrick Watson ou de Half Moon Run (aucun problème sur ce plan, Pilou, tu te démarques), mais chaque fois qu’on commence à vraiment prendre son pied, on change de rythme, ce qui pourrait en agacer certains. Un peu comme si juste au moment d’atteindre l’extase, votre partenaire changeait de position… Mais bon, au fond, Phillips ne veut que faire durer le plaisir et après quelques écoutes, ce léger agacement s’estompe et fait place à la joie d’entendre douze belles chansons qui viennent nous chercher par les tripes.

La réalisation est propre et soignée, mais Phillips n’hésite pas à prendre décisions spontanées (comme sur Dreamcatcher, qui a été enregistrée telle quelle, avec de la vraie pluie qui tombe). Ça ajoute un peu de couleur à des arrangements qui n’en manquaient déjà pas.

The Origin est le premier album d’un artiste chevronné. On avait de grandes attentes envers Peter Henry Phillips et il a su les combler. On a hâte d’entendre ces chansons sur scène.

À ce sujet, on va être gâtés : Phillips vient présenter son album le mardi 3 novembre au Cercle. Les âmes sensibles sont priées de se mettre à l’avant. Frissons garantis. INFO

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