[ALBUM] Louis-Jean Cormier – « Les grandes artères »

Louis-Jean Cormier Les grandes artères (Simone Records)
Louis-Jean Cormier
Les grandes artères (Simone Records)

Louis-Jean Cormier avait besoin de prendre un petit break. Sa carrière solo est démarrée sur les chapeaux de roues avec l’excellent 13e étage. Un album universel et rassembleur qui lui a valu de très nombreux fans. Sa popularité a atteint des sommets avant même qu’il n’apparaisse à La Voix, où il s’est fait connaître de milliers de personnes pas trop habituées de tendre l’oreille vers le champ gauche. Ajoutez à cela la méga-tournée des festivals de l’été dernier et vous avez un gars bien content de pouvoir s’asseoir et simplement jammer à la maison.

Était-ce ce retour dans ses pantoufles qui l’ont amené, d’une part, à écrire des chansons très personnelles, et d’une autre, à retourner à ses habitudes karkwaiennes qui consistaient à repousser petit à petit les limites du rock d’ici?

Disons-le franchement, Les grandes artères ne fourmille pas de bonbons pour les grosses radios commerciales, qui ont adoré les refrains fédérateurs du 13e. Pourtant, l’ensemble (fort généreux à cette époque – près de 55 minutes) est beaucoup plus abouti que le premier album. On sent un vrai fil conducteur entre les chansons, on ressent une vraie thématique qui a, incidemment, touché beaucoup d’artistes ces derniers temps. Le couple. L’amour. L’insécurité qui va avec. Et ça commence dès les premières notes de Si tu reviens, avec ce choeur et ces arrangements orchestraux qu’on avait eu la chance d’entendre en primeur lors du spectacle de Cormier avec l’OSQ l’automne dernier.

Ça ne veut pas dire que Louis-Jean ne rocke plus. D’ailleurs, ça rocke beaucoup dès la deuxième chanson, la très entraînante St-Michel est une source intarissable de hochements de tête réguliers. Si je disais que les radios commerciales n’y trouveraient peut-être pas de bonbons, les CISM, CHYZ et autres radios universitaires de ce monde vont se régaler (d’ailleurs, chapeau pour l’exclu à CISM, qui a pu faire écouter l’album à ses auditeurs avant tout le monde!).

Bon. Un Louis-Jean qui est passé par La Voix est un Louis-Jean qui a plus de moyens. Ça paraît d’ailleurs sur plusieurs chansons, dont Tête première, avec ses cuivres chauds, ses arrangements orchestraux… et Adèle Trottier-Rivard qui chante en harmonie parfaite tout en étant si facilement reconnaissable.

Cormier a décidé de ramener des musiciens qui avaient collaboré avec lui à l’aventure du 13e étage. Marc-André Larocque (batterie) et Guillaume Chartrain (basse) sont de retour et Simon Pedneault (guitare) est venu se faire aller le pic sur quelques pièces. Et oui, la douce voix d’Adèle est omniprésente et ajoute un peu de punch lorsque celle de Louis-Jean ne suffit pas.

La perle de cet album se trouve au beau milieu, sur la pièce Le jour où elle m’a dit je pars. Cormier s’imagine en train de rompre avec sa bien aimée. Je pense qu’il n’aimerait pas. Juste l’idée qu’un jour, ça pourrait peut-être arriver, le chamboule à ce point? Attendez que le refrain embarque. Cormier vient nous chercher en s’agrippant direct sur nos tripes. Ça a fait mal dans mon ventre aussi. Peut-être parce que la même scène me tétanise itou… En tout cas. On trouve ici un exemple parfait de toute la puissance que peut receler une chanson.

Sur une chanson comme Traverser les travaux, où il parle de fatigue et de burn-out, on a parfois l’impression d’entendre Patrick Watson. Mais il faut surtout écouter les textes de cette chanson, encore une fois d’une grande qualité, pour être touché droit au coeur.

À mesure que l’album avance, on commence à voir clair dans le jeu de Cormier : dans cette apparente introspection, ce que Louis-Jean chante est universel. C’est pour ça qu’il nous touche tant sur cet album. C’est pour ça qu’on se sent avec lui sur la 138 sur Deux saisons trois quarts. C’est pour ça que malgré ses apparences de petit album sage, on se sent chamboulé à la fin de Montagne russe.

Personnel et rassembleur à la fois. Un joli tour de force.

Louis-Jean Cormier sera à l’Anglicane le 9 avril prochain. Mais n’essayez pas, c’est complet depuis longtemps, même pour votre humble serviteur. Par contre, on se donne rendez-vous au Grand théâtre de Québec le 26 septembre prochain. Les billets sont déjà en vente. Aucune excuse, c’est un samedi!

commentaires
Chargement...